Les lundis de Lakevio

Texte libre

 lakevio

Léa, son petit Victor par la main, va d’un pas pressé dans le frais matin naissant. Frêles silhouettes malmenées. La guerre est finie mais pour Léa et son petit garçon commence une nouvelle vie, difficile sans doute, alourdie d’un immense chagrin. Charles n’est pas revenu de la guerre. Prisonnier. Et plus aucune nouvelle. Après deux longues années d’espoir et d’attente, de profonde tristesse, Léa a dû se résoudre à vendre leur petite propriété du Loir-et-Cher. Monsieur Bertin, notaire de la ville voisine, a recommandé la jeune femme à ses amis parisiens en recherche d’une employée de maison. De très braves personnes qui lui ont trouvé un petit appartement à quelques centaines de mètres de là. C’est ainsi que chaque matin, après s’être préparée, elle réveille Victor pour le conduire à la garderie avant de prendre son service.

 -      Maman, j’ai encore sommeil et j’ai mal aux pieds, pourquoi marche-t-on si vite ?

 -      Mon poussin, je prends soin de te réveiller au dernier moment mais maintenant il faut se presser un peu si nous ne voulons pas être en retard.

 -      Mais pourquoi avoir quitté notre maison, on y était si heureux et papa va peut-être revenir !

 -      Je suis vraiment peinée moi aussi, mais tu sais, il aurait été difficile de trouver un emploi dans notre jolie campagne riante. Tu verras, Paris est une très belle ville, dès que nous serons bien installés, j’aurai un peu plus de temps et nous visiterons tous les quartiers. Et si papa revient, notre gentille boulangère a promis de nous écrire pour nous prévenir. Prends patience mon Victor, nous découvrirons toutes les merveilles de cette grande ville, nous irons l’admirer depuis la Butte, tu connaîtras Montmartre !

Robert se promène chaque matin dans le secteur. Son épouse, atteinte de tuberculose, a rendu son dernier et difficile souffle au printemps dernier.  Insomnies et réveils précoces le conduisent sur le chemin de Léa. Ils se saluent quotidiennement et depuis quelques jours se sourient timidement. La petite conversation n’a pas échappé à Robert. S’approchant de Victor, il lui dit dans un bon sourire « Si tu veux, avec ta maman, je peux vous faire visiter Montmartre » Et Victor de répondre d’un air boudeur « Ce n’est pas ton martre, c’est celui de maman » !  Léa et Robert partent d’un bel éclat de rire, le premier, sans doute pas le dernier !

 

Quand je vous dis que la vie est belle !