Pralinensavoie... et parfois ailleurs

25 mars 2019

Laconique

Les lundis de Lakevio

 

lakevio

 C'est le devoir téléphoné !...

 Luce appelle Francis.

 Nous ne connaissons que les réponses de Francis.

 A vous d'imaginer  et d'intercaler ce que raconte Luce,

 connue pour être très bavarde en toutes occasions,

 et surtout au téléphone.

 

 

 Salut Francis, ici Luce, je peux te parler quelques instants ?

 - Oui.

 Je ne te dérange pas ?

 - Non.

 Vrai ? parce que c’est un peu délicat, alors dis-moi, si tu préfères qu’on se voit au troquet en bas de chez toi

 - Mais, comme tu veux !

Ok, alors écoute-moi, tu es mon petit frère et je sais que je peux compter sur ton écoute, et ton aide précieuse. Voilà, samedi soir je suis invitée chez des amis où je vais rencontrer un homme très important.

 - Ah bon !

Oui mais arrête de me couper la parole à tout bout de champ sinon on ne va jamais y arriver, l’heure est grave. Voilà, je suis devant mon dressing et je suis bien embêtée quant à la tenue que je vais adopter. Tu te souviens de la jolie robe bleue à paillettes que j’ai achetée avec toi à Saint Trop’ ? Elle irait trop bien avec mes talons hauts du même bleu, ou à peu près… Attends, bouge pas, je viens de dénicher mon ensemble vert que je n’ai pas remis depuis l’enterrement de pépé Louis… Tu es toujours là, je ne t’entends plus, tu t’en fiches hein, de mes hésitations !

 - Mais non !

Bon, alors sois un peu plus coopératif, c’est très important pour moi cette soirée. Une tenue qui ne plaît pas, un maquillage raté et je suis grillée !  Je ne suis pourtant pas la plus moche du pays mais il y va de mon avenir… professionnel et sentimental ! Ce monsieur est le DRH de l’entreprise Olapouf, d’ailleurs tu le connais peut-être ?

 - Non.

Bon, bref, pas grave, tout ça pour te dire que je suis bien embêtée et stressée. Oh puis zut je vais m’acheter une nouvelle toilette. Tu m’as tellement souvent accompagnée dans mon shopping et bien conseillée, viens avec moi cet après-midi, on va faire les boutiques !

 - Pas cette fois.

T’es pas sympa quand même ! Je vais me débrouiller, tiens je vais appeler Sylvie, elle a bon goût et l’habitude de côtoyer du beau monde !

 - Pourquoi pas.

 Mais quand même, tu pourrais faire un effort, tu ne te rends pas compte de l’enjeu ! Tu as toujours été à mes côtés dans mes galères, allez, accompagne-moi !

 - Ah, non !

 Voilà, tu t’en fiches !

 - En effet.

 T’es qu’un ingrat !

 - Peut-être.

 Ça c’est de la réponse ! Je ne te reconnais pas, toi mon petit frère qui m’aimait tant… Bon, c’est pas grave, je ne vais quand même pas me priver d’une belle soirée qui risque de déterminer mon avenir !

 - Fais pour le mieux.

 Tu peux me faire confiance ! Tu connais un peu Sylvie, elle a bon goût !

 - Oui.

D’ailleurs elle a tellement bon goût qu’elle t’a remarqué l’autre jour au supermarché et elle m’a dit qu’elle aimerait bien boire un pot avec nous un de ces jours…

 - D'accord.

Ah ! Tu es d’accord, super ! Vite je l’appelle et on se retrouve au bar dans une heure ! Fais-toi beau, frérot !

- C'est ça.

 Suis d’un coup toute joyeuse ! Et dans la foulée on ira faire les boutique, Sylvie aura sûrement besoin de l’avis d’un homme qui a du goût !

 - A tout à l'heure.

 

 (WAOUH l’empressement du gars !)

 

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18 mars 2019

Beauté masculine

Les lundis de Lakevio

"Il est des hommes, lorsqu'on les aborde, avec lesquels les approches, les temps morts qu'exigent les règles de politesse, n'ont pas de sens, parce que ces hommes vivent en dehors de toute convention dans leur propre univers et qu'ils vous attirent aussitôt."

Extrait de  Le Lion de Joseph Kessel

lakevio

Toile de Joshua Miels 

 Admiration, fascination, amour, amitié...

Vous inclurez la phrase citée dans le portrait de votre choix.

 A la Galerie, lundi !

 

Oh ! Un bien beau visage que nous propose maîtresse Lakevio ! D’après Monsieur Joseph Kessel dans son roman « le lion » "Il est des hommes, lorsqu'on les aborde, avec lesquels les approches, les temps morts qu'exigent les règles de politesse, n'ont pas de sens, parce que ces hommes vivent en dehors de toute convention dans leur propre univers et qu'ils vous attirent aussitôt."Ah bon ? Je ne sais pas qui sont ces hommes et « leur propre univers », en tout cas l’attirance, l’admiration, oui, ça me parle ! Cela me rappelle une émission, il y a quelques années. Il s’agissait de voter pour élire le plus bel homme du monde. Les français (les françaises ?) avaient décidé que Tom Cruise était le plus beau… Ben voyons… mais moi, on ne m’avait pas interrogée et je n’aurais pas voté pour lui (j’aurais voté Jean Reno). Visiblement, il ne s’agissait là que de plastique impeccable, de biscoteaux d’enfer, d’yeux à faire chavirer les midinettes (et les ex midinettes), de sourires charmeurs et de jolies fesses.

Mais qu’est-ce qu’un homme beau et attirant ? Pour moi ce n’est pas uniquement un physique flatteur… Et voilà, on va dire la Praline elle crache dans la soupe, elle manque de franchise et d’honnêteté, j’en entends déjà qui me comparent au renard devant les raisins verts de Monsieur de la Fontaine…

Pour moi, un homme attirant est celui que sait me donner envie de lui parler de tout, qui sait toucher mon cœur et me donne envie de l’écouter, qui sait être capable d’aimer et respecter ceux qui me sont chers tout comme j’ai envie de découvrir ses aimés. Qui sait me faire rire et prendre ma main pour partager mes bonheurs et mes chagrins, qui sait comprendre mes envies, mes désirs et mes rêves, Qui sait m’émouvoir en me cueillant un bouquet de marguerites sur le bord du chemin. Qui réclame mon attention quand il rentre du travail et me dit que je suis son rayon de soleil. Qui m’offre son épaule solide et tendre, me demande de raconter ma journée, me motive et me donne sa confiance dans mes hésitations. Me dit que je suis belle car je sais que je peux être belle grâce à lui.

Liste non exhaustive bien sûr... Comment ça, je suis exigeante !?

 

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04 mars 2019

Une partie de pêche

Les lundis de Lakevio

 

lakevio

Une partie de pêche.

Un jeudi, de bon matin, debout sur une roche, je laissai flotter ma ligne dans le tourbillon des belles eaux claires. Ah, quel bonheur, quand au bout de quinze à vingt minutes, en allongeant et retirant lentement l'amorce sur l'eau agitée, tout à coup une secousse répétée m'avertit que le poisson avait mordu et qu'ensuite le bouchon descendit comme une flèche habilement lancée. C'était un gros ! Je le laissai filer, et puis, relevant la gaule à la force du poignet, une truite colorée fila dans les airs et se mit à sauter au milieu des ronces coupées et des herbes pleines de rosée.

(d'après Erckmann-Chatrian)

Doublez le texte (au moins !) grâce à l'ajout d'adjectifs, adverbes, conjonctions, propositions conjonctives, relatives, etc...

Bref, noyez le poisson !

Pêche aux textes, lundi !

 

Par un jeudi tout calme, de bon matin,  soleil levant et brouillard flirtant entre les roseaux,  debout sur une roche surplombant la rivière, je laissai flotter ma ligne et mes pensées, dans le tourbillon chantant des belles eaux claires. Ces vacances de printemps commençaient merveilleusement bien. Je souriai de plaisir, imaginant mes collègues au travail, plus ou moins réveillés (plutôt moins que plus !).  Ah, quel bonheur, quand, sortant de ma douce rêverie, au bout de quinze à vingt minutes, mon cœur battant la chamade, en allongeant et retirant lentement l'amorce sur l'eau subitement plus agitée et bouillonnante, tout à coup une secousse répétée, presque douloureuse, m'avertit que le poisson avait mordu et qu'ensuite le bouchon descendit comme une flèche habilement lancée. A pic, sans hésitation, en un clin d’œil.  Aucun doute, c'était un gros ! Retenant mon souffle, je le laissai filer et puis, relevant la gaule à la force du poignet, une magnifique truite colorée fila dans les airs et le ciel déjà prometteur et se mit à sauter telle une furie au milieu des ronces coupées et des herbes pleines de perles de rosée. Je n’eus pas le cœur à la capturer, ôtai délicatement le hameçon de sa mâchoire et la rendis à son milieu aquatique où elle vécut heureuse comme un poisson dans l’eau.

 

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27 février 2019

Vacances chez Mamie

Ce sont les vacances scolaires, ensoleillées, chaudes, affectueuses. Bonheur et complicité partagés avec ma petite Marina. Elle aime rire, chahuter, jouer, lire. Hier Elisa s’est jointe à nous pour la journée. Le matin, tandis que je préparais le repas, rangeais un peu la maison, elles ont joué à se bander les yeux, à tour de rôle, et à deviner trois choses comestibles qu’elles devaient manger, au moins goûter… puis recracher... ou pas. Ce fut du fromage, une pâte de fruit, du cacao en poudre mais aussi du sel fin, du chou-fleur… Elles ont bien ri, et moi aussi. Puis nous avons confectionné des petits cannelés chocolat et crème de marrons.

P1180080L’après-midi nous avons fait le tour du petit lac. Elles ont traînassé, se confiant sans doute des petits secrets. Alors pour ne pas troubler leur échange, je marchais loin devant tout en surveillant qu’elles suivaient. Elles entreprirent ensuite de sauver la vie de gendarmes en danger sur le trajet des promeneurs ! Gendarmes... insectes évidemment, n’allez pas croire… on n’est pas sur les ronds-points ! Les petites bestioles se sont retrouvées dans une pochette de mouchoirs jetables et remises en liberté dans un joli coin d’herbe.

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P1180042Le soir tombant, nous étions bien fatiguées mais heureuses de contempler le soleil couchant flamboyant sur la Chartreuse puis un avion surgissant par-delà le sommet. J’ai eu envie d’être dans cet avion, survoler les Alpes est une pure merveille.

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P1180049Ce matin, Marina a décidé de me maquiller et de me coiffer… Ouille ! Heureusement, le cirque vient de quitter ma ville sinon j’aurais été embauchée de suite au rayon clown ! Elle s’est appliquée mais tout a un peu débordé, le rouge à lèvres, le noir aux yeux… et encore, j’ai refusé le mascara, je me voyais déjà aux urgences ophtalmiques ! Quant à la coiffure, Marina m’a dit « tu vas voir Mamie, tu vas ressembler à Harry Potter ». Elle est adorable cette petite.  Non, vous n’aurez pas de photo. Bon, j’arrête là mon bavardage pour aujourd’hui, je sens une lourdeur peser sur mes paupières et je crois que le cake demande à sortir du four.

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19 février 2019

A Serge

Quelle chienne de vie, parfois… tellement éberluée je suis, que j’ai du mal à partager ce que je ressens, et pourtant cela me semble une nécessité. Sous peine d’étouffer sous le flot de tristesse et de larmes qui m’assaille.

Tu étais un ami. Le mari d’une amie. Je te savais malade mais j’étais convaincue que ta carcasse d’ancien basketteur saurait lutter et gagner la bataille. Je t’avais rencontré, avec ta douce moitié, il y a environ trois semaines, autour de notre petit lac. Tu marchais lentement, avec des bâtons de marche, mais tu étais debout, vivant, profitant du bon soleil de ce début d’après-midi. J’étais alors persuadée que tu étais en bonne voie de guérison. Je l’espérais de toutes mes forces. Hélas, cela ne suffit pas, le couperet est tombé en milieu de semaine dernière. C’est ma fille qui m’a annoncé la nouvelle, prenant pourtant toutes précautions. Inutiles. Elle était et est aussi ravagée que moi.

Tu sais que je ne suis pas près de t’oublier, mon cher Serge… ah tiens, qu’est-ce qu’on a pu rigoler un jour en essayant de prononcer, sans bafouiller «je vais chez ce cher Serge ».

Tes idées et ton engagement politiques, sans faille, dans déroger, depuis toujours,  faisaient de toi un personnage très digne et très intéressant. Tu aimais les livres et l’écriture. Je guettais toujours avec impatience et bonheur les articles que tu publiais sur notre journal local. Des mots vrais, forts, qui forçaient la réflexion, l’admiration et le respect.

Et que dire de nos réunions familiales et amicales ! Un pur bonheur quand tu nous offrais l’immense plaisir de t’écouter chanter. Une voix puissante, juste,  à ton image finalement. On fermait les yeux et c’est comme si Luis Mariano était parmi nous. Une autre chanson fétiche nous charmait « Clémentine », je n’arrive pas à la retrouver sur le Net, aucune proposition ne correspond aux paroles et à la mélodie qui nous enchantaient. Ne me dis pas que tu l’as emmenée avec toi !

Tu nous as aussi beaucoup fait rire avec le sketch de Fernand Raynaud « La bougie », il n’y avait que toi pour ce genre d’imitation.

Voilà, c’était pour terminer sur des notes gaies, parce que la Vie est là et nous appelle à la vivre pleinement, elle est bien trop courte !

A toi, C. qui aujourd’hui pleure ton Amour, tu sais qu’il aimait te voir sourire, rire, chanter… Je te souhaite de retrouver ton visage aimant et heureux, pour toi,  pour nos petits-enfants, pour ta famille, tes amis.  Tu étais là près de moi quand la mort m’a arraché mon Grand Amour, sache qu’aujourd’hui je suis là.

2- Rire d'hier- La bougie

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08 février 2019

Faux bond

Comme en ce moment je suis trèèèèès zoccupée ailleurs que sur les blogs, je prends les devants pour annoncer que je n’aurai certainement pas le temps de faire le devoir de maîtresse Lakevio.  Oui, je sais, je suis une mauvaise élève, plutôt une élève dissipée qui préfère s’évader de la classe, aller papillonner, batifoler, traîner de-ci de-là. Trop trop bon !

Qu’ai-je fait tous ces jours derniers ? Non, je ne chantais pas, enfin juste sous la douche. Je ne sais plus au juste mais je n’ai pas vu filer la semaine. Grosso modo :

-      Balades, rencontres, réceptions.................................................    40 %

-      Jeux, de société, seule ou à plusieurs.........................................     20 %

-      Bavardage au téléphone..........................................................     10 %

-      Courses, courrier, chanter sous la douche, m’habiller, me maquiller.....    15 %

-      Contemplation du paysage.......................................................     10 %

-      Ménage, repassage, entretien maison.........................................      5 %

Et ce soir j’accueille pour un week-end prolongé ma copine Mathilde, le programme se dessine, samedi et lundi sont déjà complets, on verra pour dimanche !

Mais je vous aime toujours, je ne vous oublie pas, Mathilde non plus, d'ailleurs on va parler de vous, c'est à peu près sûr !

 

https://www.lesvoixdelapoesie.com/poemes/page-decriture

https://www.youtube.com/watch?v=dffxhJSWhSM

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28 janvier 2019

La cigale et la fourmi

Les lundis de Lakevio

Voici une fable de Monsieur de La Fontaine, que chacun connaît bien.

lakevio

Je vous propose d'en réécrire l'histoire dans un style différent.

Nouvelle, Témoignage, Théâtre, Intrigue policière, Biographie, Conte, Publicité...

Ou bien, Compte-rendu sportif, Actualité TV, article de presse ...

Vous avez le choix ! 

  Décomposezrecomposez.

Compiliation des oeuvres, lundi !

 

Si je vous dis que je connais et fréquente des personnes extraordinaires, vous allez penser que j’exagère. Non, pas du tout. Et je n’ai pas dit extra ordinaires, mais extraordinaires. On dit souvent « qui se ressemble s’assemble », ce n’est pas systématique (comme les antibiotiques). J’ai une de mes voisines qui n’a de cesse de s’activer comme une fourmi. Outre son mari et ses trois enfants à assumer (oui oui un mari faut l’assumer !) elle passe allègrement de son immense maison qu’elle restaure, à son jardin non moins grandiose. Et vas-y qu’elle manie la truelle et la scie sauteuse, la chignole et la tronçonneuse, la débroussailleuse et la broyeuse, et vas-y qu’elle s’équipe d’un baudrier car la pente est forte dans la forêt, et vas-y qu’elle plante des fleurs, des arbres, des fruitiers, de l’ornement, et même des noisetiers pour les écureuils ! Et moi pendant ce temps-là, zyvas que je caracole, que je cabriole et que je farandole… enfin là je pousse un peu la mémé que je suis dans les orties car la vraie vérité, c'est que parfois je m’élance dans ma jolie campagne battue par un vent glacial qui,  tombant sur mes cervicales enchevêtrées, m’oblige à quitter le sentier et revenir dare-dare au foyer. Je dois dire que ma chère voisine est bien plus jeune que moi de quelques années. Il n’empêche que l'on s’entend super bien, on fait du vélo ensemble. Elle a essayé de m’initier à la course à pied, je la soupçonne d’avoir voulu me faire mourir pour acheter ma maison, donc j’ai dit stop. On boit le café ensemble tous les lundis lorsque je reviens de la campagne avec de bons œufs frais. Et on rigole bien. On parle sérieusement aussi, on refait le monde mais rien ne change pour autant. Mais ça fait tellement de bien ! Bref, pour conclure mon histoire (qui n’a pas de morale, en fait), c’est que ma chère voisine a encore tant et tant à bâtir alors que moi, un de ces quatre, je vais me trouver face à l'inéluctable déclin et que je ne pourrai plus vadrouiller à ma guise, alors je profite de chaque instant offert. J’ai déjà, pour ce premier semestre, trois projets concrets sur le feu, je vous tiens au jus !

 

 

 

 

 

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16 janvier 2019

Amour d'été

Dans un de ses billets, ma copine Juju a posé la question  «Qu'avez-vous fait l'année de vos 17 ans, où étiez-vous ? ». J’étais chez moi, au coeur de la France profonde où il ne se passait jamais rien, mais j’ai un souvenir très doux, bien différent de ce que j’ai pu vivre ces années-là…

1969, année de mes 17 ans. Jusque-là je n’avais guère bougé de ma campagne profonde, triste et désertique. L’année précédente, le son du tam tam m’était bien parvenu, annonçant les évènements du joli mois du muguet, mais mon principal souci était de rêvasser au bord de la mare, imaginant mon prince charmant surgir de je ne sais où ! Cet été-là, des amis d’enfance à Maman, établis sur Paris, m’invitèrent à passer les vacances chez eux. Après une forte résistance du côté de mon père, tout heureux quand même de se débarrasser de moi… Paris, me voilà !

Lorsqu’il me fut présenté, je crois bien l’avoir immédiatement ébloui par ma jeunesse, mon style jeune provinciale saine et sportive, sans fard et sans chichis, fougueuse en même temps qu’effarouchée. Ajoutez à cela un zeste d’espièglerie, de longs cheveux ondulés sur un boléro blanc crocheté par ma Mémé, un pantalon à damier pattes d’éléphant sur des jambes fines et musclées… satisfait et admiratif fut le regard qui se posa sur moi. Maître boulanger chez mes amis, il arrivait de sa Bretagne natale. Célibataire, la belle trentaine. Sans quelconque arrière-pensée, mes amis me confièrent à lui pour me faire découvrir la capitale et me distraire à la fête des Loges.

Nos escapades furent tendres et complices. Amicales, du moins au début. Nous aimions nous retrouver et nous raconter nos petites histoires. Petit à petit, je me surpris à l’attendre à la sortie du fournil, j’avais envie de sa main dans la mienne, de son odeur de farine et de pain chaud. Je me sentais en sécurité. Lorsqu’il me disait « tu es belle », je le croyais. Parfois, à trois heures du matin, lorsque je savais qu’il venait prendre son service, je guettais son arrivée derrière le rideau de ma chambre. Il descendait de voiture, levait les yeux dans ma direction, on se faisait un petit signe de la main. Il me disait que ces brefs mais tendres regards échangés lui donnaient du cœur à l’ouvrage. Notre complicité dura deux mois, le temps des vacances scolaires. Quelques jours avant la fin de mon séjour, il souhaita aller un peu plus loin dans notre relation qui n’en était qu’à de petits baisers. Nous étions sur le banc d’un jardin public, il m’enlaça en me disant son désir de moi, son envie de me revoir, sa crainte aussi de choquer la petite fille qu’il voyait encore en moi. Je me mis à pleurer. L’attirance qui nous avait rapprochés nous imposa la douleur du renoncement.  Rien ne paraissait possible entre la petite provinciale et le beau boulanger parisien. Nous rentrâmes main dans la main, silencieux et hébétés. Nous venions de nous réveiller d’un rêve, aussi beau qu’inaccessible.

Les nuits suivantes, les dernières, le rideau de ma chambre resta baissé, je pleurai, recroquevillée dans mon lit. Je refermai ma valise sans y déposer le moindre souvenir de ce bel amour d’été. La gare de Lyon était bruyante et bondée mais j’étais bien seule.

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14 janvier 2019

Déménagement

Les lundis de Lakevio

lakevio

Matteo Massagrande

 

Dans ma vie, j’ai très peu déménagé. J’habite dans la même maison depuis quarante-quatre ans ! C’est dire si j’ai entassé du bazar… misère, si je devais déménager aujourd’hui…

J’ai quand même vécu un emménagement festif et heureux… suivi quelques années plus tard d’un déménagement dans la détresse et le chagrin. J’évoque notre petite maison dans la prairie. Notre résidence secondaire, nichée dans la campagne du centre de la France, près de chez mes parents. Maison acquise dans les années quatre-vingt, de plain-pied, entourée de cinq mille mètres carrés de terrain en friche. Des pièces quasiment insalubres que nous avons, au fil du temps, rénovées, agrandies, agencées de façon fonctionnelle, de nos mains de bâtisseurs. Nous avons défriché et paysagé le terrain, planté des fleurs, des arbres et des haies.  La maison du bonheur retentissait du rire et des jeux de nos chérubins, des discussions animées de la famille, des amis, autour de la grande table en bois à l’ombre de l’immense sapin de la cour. Hélas vint le temps du renoncement, la faucheuse, cette garce qui a toujours le dernier mot, m’obligea à me séparer de cette jolie propriété. Famille et amis étaient présents pour effacer toute trace de bonheur, j’ai tant pleuré que je ne serais jamais arrivée à faire face à la situation. J’ai rapidement trouvé un acquéreur et en ce jour de saint Valentin 2003, je me trouvais dans l’étude notariale. Le notaire lisait d’une voix monocorde des articles du code civil, des origines de propriété, des plans d’occupation des sols, des servitudes… que sais-je encore ! Je n’écoutais plus, j’étais loin, je revivais le passé heureux, tout en me demandant si j’arriverai à gérer ma faiblesse et mon incapacité à tenir tête aux épreuves du moment. Puis sortant de ma léthargie, j’ai regardé les deux petits amoureux assis à mes côtés, ils se faisaient un très beau cadeau de saint Valentin. Leurs regards brillaient, le mien aussi mais pour une raison toute différente.

Pardon Maîtresse Lakevio, je suis un peu hors-sujet mais le mot "déménagement" ne peut rien évoquer d'autre pour moi. Mais ne t'inquiète pas, j'ai survécu et tout va bien !

 

 

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06 janvier 2019

La goutte du jour de l'An

On se boit une ch’tite goutte ?

De quoi, allez-vous me dire…

De lait ? D’eau ? Que nenni !

Vous ne trouvez pas. Eh bien, il s’agit d’une petite goutte… de goutte ! (Comment ça j’ai trois grammes ! Même pas vrai !)

Il faut vous dire qu’en Provence que dans ma campagne natale, c’est l’usage quand viennent les chaleurs vient le jour de l’An…

Je recommence car je vais relater le passé, il me faut alors écrire « c’était » l’usage… quoique, cette coutume annuelle est sans doute devenue un banal quotidien. Bref…

Donc, il était d’usage dans mon bourbonnais natal, alors que j’étais toute petite, toute jeunette, toute mignonnette (ah mes braves, ce que l’on devient !), de sillonner la campagne, à vélo ou à cyclo, de ferme en maison, pour souhaiter la bonne année, à la famille, aux voisins ou à de simples connaissances. Et de parcourir les rues du bourg, toquant çà et là aux portes familières.

Et c’est ainsi que l’on se voyait offrir la goutte du jour de l’An (enfin, pas à moi, j’étais trop jeune, on me donnait des bonbons). La goutte, pour tout bourbonnais qui se respecte, ce n’est pas n’importe quel alcool, c’est la bonne gnôle alambiquée à l’entrée de l’hiver. De la prune ou de la poire, ou des fruits mélangés, selon la récolte.

Je me souviens que ma grand-mère ne dérogeait jamais à cette coutume et c’était amusant car elle détestait l’alcool, quel qu’il soit (qui a dit « pas comme sa petite-fille ?"). Pourtant elle aimait attendre ses visiteurs du jour de l’An, fière de son achat pour l’occasion. Evidemment, chez elle, point de cette bonne gnôle (même pas la moindre fiole pour calmer une éventuelle rage de dents).

Des jours voire des semaines auparavant, elle préparait soigneusement la venue du père Janvier. Souvent, c’est ensemble que nous nous rendions à l’épicerie du village acheter cette liqueur à laquelle elle restait fidèle d’année en année : une crème de noisette sirupeuse à souhait et colorée comme un caramel. Ma Mémé était toute heureuse de servir ce nectar dans de tout petits verres décorés de frises dorées. Je crois bien que ces verres n’étaient sortis du placard qu’une fois par an. J’aimais les regarder, mes yeux d’enfant les trouvaient si fins et si fragiles !

Un spectacle annuel, rituel et je m’entends encore oser « Mémé, je peux goûter, juste un petit peu ? » Une toute petite goutte…

Alors, vous trinquez avec moi ? Tchiiiin et bonne année à vous tous ! Bonne santé, que du beau, du bon, du bonheur !

Allez venez, j’ai également invité Parcimonie et Modération.

Voulez-vous que je vienne vous chercher, j’ai à disposition un véhicule « transport en commun », photo ci-dessous. (ben quoi, vous vous attendiez à une Limousine ?!)

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