Les lundis de Lakevio

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Léonie se dit que promis juré craché elle ne remettra jamais plus les pieds dans une foire aux célibataires. Mais quelle idiote ou oie blanche (c’est au choix) d’avoir cru, imaginé, fantasmé, rêvé que son intense besoin d’aimer et d’être aimée trouverait, dans cette salle bondée et bruyante, la réponse à ses attentes.

C’est qu’elle est encore pas mal la Léonie, plus toute jeune, plus toute fraîche mais encore coquette et soignée, bref, pas la plus moche du pays. Mais à part ses vaches et sa basse-cour, qui la remarque ? Alors voilà t’y pas que dimanche, la ville voisine organise une foire aux célibataires. Léonie se dit qu’elle est sûrement plus à l’aise à la foire aux bestiaux, mais c’est décidé, faut aller y voir, on sait jamais.

Deux jours avant l’évènement, Léonie est en effervescence. Veaux, vaches, cochons, couvées n’ont jamais été aussi vite pansés. Léonie ne remarque même pas leur comportement. Poules et canards caquettent à qui mieux mieux, les vaches, dans une immobilité stupéfaite, la fixent d’un regard… de bovin, tous semblant dire et penser que la patronne devient maboule.

Au diable la basse-cour, Léonie s’agite et réfléchit, sort de l’armoire une ou deux robes qui puent la naphtaline, c’est pas grave elle va les suspendre au grand air, y’aura plus qu’à choisir. Elle dégote en bas d’un placard une paire de talons, un peu moisis d’abandon, c’est pas grave un petit coup de cirage et ils seront comme neufs.

Hélas, tant de précipitation et d’excitation favorisent l’inattention et paf voilà notre Léonie qui rate une marche d’escalier et se retrouve au sol en même temps qu’une violente douleur lui vrille l’épaule droite. Sa voisine la conduit aux urgences de la grande ville. La tristesse se lit sur le visage de la pauvre Léonie à l’annonce d’une fracture de l’humérus. Un instant de découragement laisse place à la colère et à la détermination, elle ira coûte que coûte à cette réunion de célibataires.

Ce qui fut.

En entrant dans la salle, un organisateur l’accueille et lui demande ce qui lui vaut ce bras en écharpe. Puis l’entraînant sur la scène, il prend le micro et annonce « Léonie vient de nous rejoindre, très courageusement malgré sa fracture de l’utérus » !

Les rires fusent, les blagues salaces aussi, Léonie n’a qu’une envie, fuir, s’enfuir. Des larmes embuent son regard, elle ne voit pas l’homme assis au premier rang. Lui seul ne rit pas, il compatit et éprouve de la peine pour elle, avec le désir de la prendre dans ses bras et de consoler Léonie qui n’est plus, à cet instant, qu’une petite biche effarouchée. Et qui s’élance vers la sortie. Assise sur un muret, elle tente de se ressaisir et, reniflant bruyamment, se dit que demain elle s’inscrira à « l’amour est dans le pré ». On lui tend un mouchoir, elle lève les yeux et croise un regard rieur dans un visage d’une grande douceur. De ceux que l’on n’a pas envie de quitter.

Bon, je suis un peu, beaucoup, passionnément hors sujet, je n’ai pas su bifurquer, dévier, revenir au sujet. Je suis partie à l'envers et me suis laissé entraîner aux côtés de l’originale et fofolle Léonie que j’aime bien. Mais je ne recommence pas, j’ai mis trop longtemps à taper ces quelques lignes. Mais encore une fois, merci Lakevio !