Les lundis de Lakevio

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Ma chère Claudine,

Enfin je prends le temps de t’écrire pour te donner de mes nouvelles. Je n’ai pas une minute à moi et tu dois bien te demander pourquoi. C’est normal, tu n’es pas au courant des derniers évènements. Comme tu le sais, j’ai gagné à un concours de dessin cette croisière dans les îles grecques et ma mère a exigé que tante Noémie m’accompagne. Tu penses, me laisser partir seule sur un bateau était impensable. Un lieu de perdition, disait-elle exagérément ! Je m’apprêtais donc à mourir d’ennui, chaperonnée, que dis-je surveillée, épiée par cette vieille fille qui ne connaît rien à la vie, et surtout pas à la jeunesse. Je me voyais déjà passer des soirées scrabble, calfeutrées dans notre cabine. Mais voilà, depuis que nous avons embarqué, ma « garde du corps » est malade !  Elle vomit tripes et boyaux, se tord de douleur. Le médecin ne sait plus s’il s’agit du mal de mer, de gastro, d’appendicite. Mais la belle affaire pour moi, la voilà consignée dans la cabine, à ne pouvoir ni bouger, ni manger. Somnolente. Comateuse.

Au téléphone, ma mère me demande des nouvelles. «Tout va très bien maman, le voyage est sublime, la nourriture excellente, tante Noémie s’émerveille… Ah mais je ne t’entends plus, je crois que je n’ai plus de réseau, je dois couper, au-revoir maman, je t’embrasse fort ».

Ma chère Claudine, je te raconterai tout, je dois te quitter,  Louis m’attend sur le pont, j’ai juste le temps de revêtir ma jolie robe blanche en dentelle. Tu sais, celle que ma mère m’avait bien recommandé de ne porter que pour la soirée du commandant… J’ai bien l’impression que je ne rejoindrai pas tante Noémie cette nuit, de toute façon c’est à peine si elle s’aperçoit de ma présence.