Les lundis de Lakevio

 lakevio

Peinture de Nadia Isakova

Dans le train qui serpente dans la campagne recouverte de brume, je tourne le dos à ma vie. Je sais que la pluie ne cessera de la journée et que les premières feuilles commenceront à voltiger. C’est la fin de l’été mais je ne veux pas quitter ma robe et mes chaussures blanches. J’ai bon moral. Je sais que les beaux jours ne sont pas finis. Qu’ils s’enfuiront mais qu’ils reviendront. J’ai décidé d’être heureuse. Avant de quitter la maison, mon regard s’est posé sur une photo de mon mari, mon cœur s’est serré et j’ai murmuré « tu me manques ». Oui le manque est lancinant, mais quand je pleure c’est sur moi que je pleure ! Lui, ne souffre plus, son visage était détendu quand je l'ai effleuré pour l’ultime baiser. Je ne veux pas me lamenter mais me sentir heureuse et chanceuse de l’avoir connu, côtoyé un quart de siècle, appris tant et tant de lui. Et être reconnaissante d’avoir eu deux beaux enfants avec lui. Aïe les enfants, ce n’est pas de tout repos, il faut que je sois un peu détachée de leurs problèmes, je suis et serai là pour aider, discrètement, efficacement. Pour l’heure je pars loin, très loin, là où je n’ai aucun souvenir…

Mince mais je rêve, je devrais pourtant savoir, ainsi que le chante Michel Sardou, aussi loin que l’on aille, on part avec soi, on ne s’oublie jamais. Finalement j’aurais dû prendre un aller-retour. Dans une semaine je reviens chez moi, là où j’ai vécu tant d’évènements auprès de ceux que j’aime et qui n’auraient pas compris l’abandon que j’étais prête à leur infliger.

michel Sardou S'enfuir et après