117ème devoir du Goût
Les lundis du Goût
Où mène cette passerelle peinte par Toutounov ?
Que traverse-t-elle ?
Le savez-vous ?
Si vous le savez, dites-le !
Si vous ne le savez pas, inventez-le !
J’essaierai de trouver où mène cette passerelle.
À lundi…
Romantique et fleur bleue comme vous me connaissez, ce charmant petit pont aurait pu m’inspirer une jolie histoire, un rendez-vous sentimental avec le garçon de mes premiers émois, mes premiers pas vers l’amour, les baisers hésitants et maladroits… ben non !
Je suis silencieuse. Je ne suis pas malade. Je profite de la douceur du printemps naissant, je me promène au bon vent de la liberté... Comme beaucoup d’entre nous je suis triste, effarée, inquiète, apeurée. J’imagine alors la vie de tous ces gens qui vivent sous les bombes, qui ont leur environnement détruit, leur vie anéantie.
Revenons tout de même à ce mignon petit pont au cœur de la forêt sous lequel coule une eau limpide. Il me rappelle toutefois un souvenir. Non, pas un souvenir amoureux !
Eté 1972, dans l’éclat de mes vingt ans, nous sommes en camping dans les Bauges. Nous, c’est-à-dire celui qui allait devenir mon mari, et une bande de quatre autres joyeux lurons. Une balade en forêt à la recherche d’edelweiss. Un sentier escarpé, tout en montées et descentes. Soudain, au bord du chemin, un panneau indicateur « le pont du diable ». On est jeunes et foufous, il nous faut tenter le diable ! L’ami Jeannot (celui qui m’a surnommée Praline) me dit « tu es la plus jeune d’entre nous, vas-y, il y a plein d’edelweiss sous le pont ». « Non mais ça ne va pas, tu veux ma mort ? » Un joli petit pont, ah ça oui ! Mais il me faudrait un baudrier, bref tout l’équipement de l’alpiniste pour y accéder. Evidemment il plaisantait le Jeannot. Nous avons bien rigolé. Et avons bien fait… aujourd’hui, Jeannot est en EHPAD et n’a plus beaucoup de souvenirs de sa vie. Il dit juste « demain je rentre chez moi, ma valise est prête ».
