66ème devoir du Goût
Les lundis du Goût
Mais qu’est-ce qui a bien pu surprendre cet homme, l’affoler au point qu’on le pense fou ?
Vous avez certainement une idée.
On en saura sans doute plus lundi…
Ben, ce n’est pas compliqué : il m’a vue ! Le « il m’a vue » pourrait suffire, j’aurais fait mon Adrienne qui, avec une habilité incroyable, plante avec précision et concision un décor donné. Mais les souvenirs ont afflué… J’avais dix-huit ans et j’étais plutôt mignonne, oui parfaitement, je dirai même très mignonne, non mais ! C’était l’époque (des dinosaures) où un petit sifflet admiratif n’incitait pas les filles à déposer plainte…
Mais voilà… point de petit sifflet admiratif. Au détour d’une rue, je tombe nez à nez avec un charmant jeune homme, style soixante huitard, cheveux longs, baba cool. Plutôt agréable à regarder mais sans doute un peu dérangé du ciboulot. Ah le bougre ! J’ai bien cru qu’il prenait un malaise. Non mais, regardez-moi cette tête ! Il s’agite, ébouriffe sa tignasse, prononce quelques mots incohérents. Quel effet lui fais-je ? Je vous assure que je n’étais pas nue, je n’étais pas en nuisette transparente, je n’avais pas les cheveux bleu-blanc-rouge, pas de déguisement de pirate (je suis plutôt princesse grecque).
Quand il s’approche de moi, je comprends rapidement que j’ai affaire à un malade. Venez, me dit-il, venez ma sœur, allons prier à l’église. Il s’agrippe à mon bras, je me libère d’un coup sec et m’enfuis à toutes jambes. Je ne saurai jamais à quoi j’ai échappé…
Je précise que ce texte est une fiction… sauf le dernier paragraphe : Maman avait rencontré ce genre de personnage, un matin de février. Elle se rendait à son travail, l’homme était complètement nu devant l’église et la suppliait de le suivre. Ce n’était pas la bonne manière, si toutefois il en existait une, pour évangéliser Maman.
