Les lundis de Lakevio

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Matteo Massagrande

 

Dans ma vie, j’ai très peu déménagé. J’habite dans la même maison depuis quarante-quatre ans ! C’est dire si j’ai entassé du bazar… misère, si je devais déménager aujourd’hui…

J’ai quand même vécu un emménagement festif et heureux… suivi quelques années plus tard d’un déménagement dans la détresse et le chagrin. J’évoque notre petite maison dans la prairie. Notre résidence secondaire, nichée dans la campagne du centre de la France, près de chez mes parents. Maison acquise dans les années quatre-vingt, de plain-pied, entourée de cinq mille mètres carrés de terrain en friche. Des pièces quasiment insalubres que nous avons, au fil du temps, rénovées, agrandies, agencées de façon fonctionnelle, de nos mains de bâtisseurs. Nous avons défriché et paysagé le terrain, planté des fleurs, des arbres et des haies.  La maison du bonheur retentissait du rire et des jeux de nos chérubins, des discussions animées de la famille, des amis, autour de la grande table en bois à l’ombre de l’immense sapin de la cour. Hélas vint le temps du renoncement, la faucheuse, cette garce qui a toujours le dernier mot, m’obligea à me séparer de cette jolie propriété. Famille et amis étaient présents pour effacer toute trace de bonheur, j’ai tant pleuré que je ne serais jamais arrivée à faire face à la situation. J’ai rapidement trouvé un acquéreur et en ce jour de saint Valentin 2003, je me trouvais dans l’étude notariale. Le notaire lisait d’une voix monocorde des articles du code civil, des origines de propriété, des plans d’occupation des sols, des servitudes… que sais-je encore ! Je n’écoutais plus, j’étais loin, je revivais le passé heureux, tout en me demandant si j’arriverai à gérer ma faiblesse et mon incapacité à tenir tête aux épreuves du moment. Puis sortant de ma léthargie, j’ai regardé les deux petits amoureux assis à mes côtés, ils se faisaient un très beau cadeau de saint Valentin. Leurs regards brillaient, le mien aussi mais pour une raison toute différente.

Pardon Maîtresse Lakevio, je suis un peu hors-sujet mais le mot "déménagement" ne peut rien évoquer d'autre pour moi. Mais ne t'inquiète pas, j'ai survécu et tout va bien !