On se boit une ch’tite goutte ?

De quoi, allez-vous me dire…

De lait ? D’eau ? Que nenni !

Vous ne trouvez pas. Eh bien, il s’agit d’une petite goutte… de goutte ! (Comment ça j’ai trois grammes ! Même pas vrai !)

Il faut vous dire qu’en Provence que dans ma campagne natale, c’est l’usage quand viennent les chaleurs vient le jour de l’An…

Je recommence car je vais relater le passé, il me faut alors écrire « c’était » l’usage… quoique, cette coutume annuelle est sans doute devenue un banal quotidien. Bref…

Donc, il était d’usage dans mon bourbonnais natal, alors que j’étais toute petite, toute jeunette, toute mignonnette (ah mes braves, ce que l’on devient !), de sillonner la campagne, à vélo ou à cyclo, de ferme en maison, pour souhaiter la bonne année, à la famille, aux voisins ou à de simples connaissances. Et de parcourir les rues du bourg, toquant çà et là aux portes familières.

Et c’est ainsi que l’on se voyait offrir la goutte du jour de l’An (enfin, pas à moi, j’étais trop jeune, on me donnait des bonbons). La goutte, pour tout bourbonnais qui se respecte, ce n’est pas n’importe quel alcool, c’est la bonne gnôle alambiquée à l’entrée de l’hiver. De la prune ou de la poire, ou des fruits mélangés, selon la récolte.

Je me souviens que ma grand-mère ne dérogeait jamais à cette coutume et c’était amusant car elle détestait l’alcool, quel qu’il soit (qui a dit « pas comme sa petite-fille ?"). Pourtant elle aimait attendre ses visiteurs du jour de l’An, fière de son achat pour l’occasion. Evidemment, chez elle, point de cette bonne gnôle (même pas la moindre fiole pour calmer une éventuelle rage de dents).

Des jours voire des semaines auparavant, elle préparait soigneusement la venue du père Janvier. Souvent, c’est ensemble que nous nous rendions à l’épicerie du village acheter cette liqueur à laquelle elle restait fidèle d’année en année : une crème de noisette sirupeuse à souhait et colorée comme un caramel. Ma Mémé était toute heureuse de servir ce nectar dans de tout petits verres décorés de frises dorées. Je crois bien que ces verres n’étaient sortis du placard qu’une fois par an. J’aimais les regarder, mes yeux d’enfant les trouvaient si fins et si fragiles !

Un spectacle annuel, rituel et je m’entends encore oser « Mémé, je peux goûter, juste un petit peu ? » Une toute petite goutte…

Alors, vous trinquez avec moi ? Tchiiiin et bonne année à vous tous ! Bonne santé, que du beau, du bon, du bonheur !

Allez venez, j’ai également invité Parcimonie et Modération.

Voulez-vous que je vienne vous chercher, j’ai à disposition un véhicule « transport en commun », photo ci-dessous. (ben quoi, vous vous attendiez à une Limousine ?!)

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