Si vous ne le savez pas, sachez que Mathilde et moi ne manquons jamais une occasion de rire. Je dirai même que nous la provoquons. Nous rions de tout, de rien, de n’importe quoi. Deux ados échappées de leur rigide pensionnat. Si parfois on rit pour un rien, il est d’autres situations où c’est vraiment drôle. Et puis on aime bien se moquer de nous, de nos bafouillages langues qui fourchent, de nos oublis, bref de trucs qui n’arrivent qu’à nous moi. Samedi, nous voilà parties là-haut sur la montagne, oh pas la grande montagne de Chartreuse car on s’est dit qu’il y aurait un monde fou (remarquez la montagne n’est pas à deux folles près), on est donc montées près de chez moi, sur les cols de l’avant-pays savoyard. Il faisait chaud et notre projet était de dégoter un joli petit banc à l’ombre, avec une belle vue sur la vallée… pas question de s’asseoir par terre… c’est qu’après il faut se relever ! Mais voilà, les savoyards sont avares de bancs reposoirs pour grands-mères. On a donc dû se contenter d’un muret devant l’église d’un joli village. Qu’importe, on était à l’ombre de grands tilleuls… avec vue sur le cimetière une prairie et des arbres, plein plein d’arbres formant un rideau au merveilleux paysage. Pas grave, on était bien, un petit vent fripon soulevait nos blancs jupons fichait le bazar dans nos cheveux. Au bout d’un moment on est parties dans un endroit que j’affectionne particulièrement (et pour cause, c’est là que mon mari m’a déclaré sa flamme le 20 février 1972 !), un lieu fabuleux qui domine le Rhône, les montagnes de l’Ain et d’où les parapentes prennent leur envol. Mathilde, mi-apeurée mi-amusée me dit alors fermement ne pas vouloir laisser pendre ses jambes dans le vide… mais quelle idée ! Allez hop, fou-rire. Bon, le plus drôle reste à venir. Dimanche matin, debout 6h30, douche,  petit-déjeuner et après avoir arpenté, dès 7 heures, la braderie annuelle de ma petite ville et que Mathilde ait acheté quelques kilos de livres, nous voilà parties chez Edith et Marc. En avance, toujours avec l’idée d'une halte sur un joli banc. Ah voilà une guinguette au bord du Rhône, elle a fermé ses volets, le lieu est relativement désert mais nous pensons qu’il restera sans aucun doute un banc pour accueillir nos délicats fessiers. Que nenni, pas le moindre banc ni tronc d’arbre. Nous avisons quelques rochers qui feront l’affaire. Zut, un peu trop pointus, au bout d’un quart d’heure il fallut déguerpir. Cette fois-ci nous filons bon train dans l’Ain et soudain, ô miracle, une sympathique aire de repos s’offre à nos regards, équipée d’une grande table en bois avec bancs attachés, à l’ombre de grands arbres. Coup de frein, je loupe l’entrée, qu’importe je chope la sortie et me gare bien comme il faut. Nous nous installons, ravies, nous avons un peu de temps devant nous. Un petit coup de fil à ma fille pour savoir comment elle va en ce beau dimanche. Je raccroche, Mathilde, mi-sérieuse mi-amusée (oui elle est comme ça Mathilde) me dit «Un mec est passé en voiture, s’est arrêté à notre hauteur, nous a bien regardées puis est reparti… dis donc, je crois bien que tu es garée sur la route »… Nous examinons la situation de près, mais oui ! C’est une petite route qui déboule d’un hameau et rejoint la grande route. Et moi, tranquille, j’ai posé ma voiture au milieu de cette route, bien en travers quoi ! Nous partons d’un fou-rire interminable mais je bouge quand même ma voiture avant qu’elle ne se fasse ratatiner. Un moment après, le même mec est repassé, nous a regardées, on riait encore, il a sans doute pensé qu’il avait affaire à deux originales… et ça me plaît bien. Bon, mais quand même, cette table de pique-nique au milieu de deux routes. Chez Edith et Marc, on a savouré les bons fauteuils de jardin, garnis de moelleux coussins. Et un bon Cerdon bien frais en récompense.

chez Edith