Les lundis de Lakevio

Roue libre

lakevio

Et texte libre sur cette image printanière de Viktor Tsvetkov qui invite à l'escapade.

Ce week-end, passé en divers nettoyages extérieurs, visites et papotages, ne m’a pas laissé le temps d’écrire pour ma chère Lakevio. Mais je ne pouvais zapper une histoire de vélo ! Du plus loin que je me souvienne, j’aime rouler en vélo. Je revois même mon premier petit vélo, c’est ma Mémé chérie qui m’avait appris à m’en servir. Il était bleu et aujourd’hui mon VTC est bleu, comme la bicyclette de Régine Desforges… la comparaison s’arrête là !

Pour vous parler vélo donc, j’ai ressorti un texte de septembre 2004 publié dans un précédent blog. Ce n’est pas du jeu me direz-vous, mais reconnaissez mon honnêteté à vous signaler qu'il s'agit d'un document d’archives.

 

Journée d’automne comme je les aime. L’été s’endort paisiblement, cédant à de douces journées ensoleillées. Sans la moindre résistance à l’appel de la nature, délaissant toutes tâches ménagères, me voilà partie sur mon cher vélo, à flirter avec les bonnes odeurs de l’automne, notamment celle des pommiers croulant sous les fruits. Malgré quelques dénivelés, faciles pour les pros, difficiles pour les débutants, moyens pour moi, je tombe vite sous le charme de dame Nature et de l’environnement qui m’émerveille comme au premier jour de mon arrivée dans la région. J’ai les yeux partout… sauf là où je devrais, si bien que je me retrouve à musarder au beau milieu de la route. Quelques klaxons me rappellent à l’ordre. Je m’arrête pour observer deux lézards qui ont l’air de s’amuser comme des petits fous. Je repars, guillerette, j’aime la brise dans mes cheveux, j’ai envie de plein air, de chemins déserts et de silence. Je m’engage sur une toute petite route et me retrouve dans une riante vallée entourée de mes chères montagnes. Je suis bien, je roule doucement, je flâne, désire tout voir, tout capter, tout emmagasiner, tout retenir, ne pas en perdre une miette, respirer à m'en éclater la cage thoracique. Je m’arrête devant un calvaire que des mains de dame, sans doute, ont joliment fleuri, mariant avec goût couleurs et genres. Plongée dans une sorte de contemplation respectueuse, je n’ai pas vu s’approcher un petit âne gris, tout près de la clôture. « Bonjour Cadichon, désolée je n’ai pas le moindre croûton de pain pour toi, voici une caresse sur ton museau, c’est déjà bien, non ? » Dans les méandres de la vallée, l’air est doux, une petite brise m’offre le bruissement des feuilles et les odeurs de terre encore chaude. C’est le sourire aux lèvres que je vois débouler devant moi un tracteur datant de … très très loin ! Vous savez, le petit Someca orange avec le gyrophare de même couleur, poussif, hésitant… teuf teuf teuf, je vais presque plus vite avec mon vélo, bon, je ne veux pas faire la course quand même ! Le chauffeur est tout aussi folklorique. Un bon et brave monsieur à l’air tout étonné, un peu rougeaud mais bien sympa. Il me salue d’un signe de tête, je lui réponds d’un petit signe de la main. Mais où va-t-il avec cet engin ? Il ne va pas au supermarché tout de même ! Si si, j’en ai vu qui allaient faire leurs courses en tracteur ! En tout cas, ce monsieur a l’air paisible et équilibré et ne semble pas être victime de mauvais stress. Je l’envie tout en étant heureuse pour lui. A l’entrée du village, je franchis le pont qui surplombe l’autoroute A43, retour à la bruyante civilisation. Vite, fuyons. Je m’installe tranquillement sur un banc de la petite place déserte et endormie sous le bon soleil. C’est dans ce village que vit mon frère, je ne le verrai pas, il est au travail mon cœur de lion, au cœur de Lyon. Un silence presque bruyant envahit mes oreilles, mais voici que sonnent seize heures au clocher tout proche, me tirant d’une douce torpeur peuplée de rêveries. Levant la tête, mon regard se réjouit de la flèche pointue du clocher crevant le bleu du ciel. Tout n’est que beauté, je frissonne d’émotion. La bonne personne qui a fleuri le calvaire rendrait sans doute grâce à Dieu, moi je ne sais plus faire. Je pense juste aux personnes que j’aime, je souhaite que leur existence soit douce et paisible, qu’elles soient épargnées le plus longtemps possible des chagrins qui peuvent jalonner notre parcours. Je frissonne encore, cette fois il s’agit de la fraîcheur qui commence à tomber sur mes épaules. Il serait bien de rentrer maintenant. Encore quatre kilomètres et je retrouverai mes murs, mes remparts, mon refuge. Ces moments d’évasion, déjà envolés dans les méandres du passé, resteront pour très longtemps un beau souvenir.