Les lundis de Lakevio

lakevio

Yuri Bosko - peintre russe né en 1930 à Samarkand (aujourd'hui Ouzbekistan).

Quand je l’ai vue pour la première fois, j’en serais devenu muet ! Elle était la fille du plus grand maraîcher de la ville. Ah oui elle était toute mignonne la petite Mylène, j’osais à peine la regarder tant elle m’intimidait ! Pensez, tous les gars fortunés du pays rêvaient de l’approcher, alors moi que pouvais-je espérer, je n’étais qu’un petit apprenti insignifiant, employé par ses parents. Quand je la croisais, je baissais les yeux en essayant de calmer les battements fous de mon cœur déjà amoureux. Puis un jour, elle fit les premiers pas, me salua en souriant gentiment.

Tout se déroula naturellement, elle m’apprivoisa sans même m'en rendre compte, sans que j’aie ressenti la moindre culpabilité. Elle était si douce, si prévenante, si naturelle, si simple au fond ! Fine psychologue, elle réussit à faire comprendre à ses parents que pour elle je n’étais pas un simple employé mais un doux compagnon qu’elle prenait grand plaisir à côtoyer. Et comme ils ne refusaient rien à cette fille unique pleine de sagesse et de bon sens…

Nous nous mariâmes et eûmes deux beaux enfants.

Les années passèrent.

Les enfants quittèrent le nid pour voler de leurs propres ailes.

Happés par le tourbillon de la vie, nous ne nous rendîmes pas compte que jeunesse et fougue nous avaient peu à peu quittés.

Les parents de Mylène décédés, l’affaire eut du mal à tenir debout, je dus trouver un travail ailleurs.

Mylène me reprochait les heures supplémentaires que j’effectuais.

Je rentrais tard le soir. Les disputes succédaient aux disputes.

Nous ne nous comprenions plus.

Les sentiments s'effilochèrent.

 

Misère, cette femme… ma femme, mon épouse, celle que j'ai aimée comme un fou… Elle est là, plantée devant moi, le visage fermé, le corps épaissi,  elle me fait peur avec ses bras de fort des halles… Qu'est devenue ma jolie Mylène, ma tendre fiancée ? Une dispute va-t-elle encore éclater ?

***

"Mylène, mon amour, je t’en supplie, redeviens la douce amoureuse que j’ai connue, qui m’a tout donné, qui a cru en moi… tu sais, je t’aime éperdument, sans toi je ne suis rien, je n’ai pas su te le dire pendant toutes ces années où le labeur a étouffé, enfoui nos sentiments, mais je t’en supplie, retrouvons-nous, refaisons connaissance comme aux premiers jours."

Mylène s'approcha, nous tombâmes dans les bras l'un de l'autre, mêlant nos larmes et nos rires.

 

IL N'EST JAMAIS TROP TARD !