Les lundis de Lakevio

lakevio

Nicolas Ordinet

texte libre

Depuis quelques semaines, Elsa éprouve une grande tristesse. Mariée depuis trois ans à David, elle a… enfin... aurait tout pour être heureuse. Une belle maison qui vient d’être terminée sur les hauteurs de la ville, un travail intéressant et valorisant, un mari brillant… mais dorénavant beaucoup trop absent. D’importantes réunions le retiennent tard le soir. Et lorsqu’il rentre, fatigué, comme absent, absorbé dans ses pensées,  il embrasse Elsa du bout des lèvres avant de s’enfermer dans son bureau. Peu à peu la joie a disparu de leurs visages. Fini le temps des longues soirées tendres et complices, devant un bon feu de bois ou un film choisi ensemble. Les fins de semaine sont également dépourvues de bonheur.  Finies les longues promenades en ville où leurs rires s’égrenant dans la foule faisaient retourner les passants attendris. Terminées les belles promenades en forêt où l’envol d’un oiseau les faisait s’immobiliser, émerveillés, silencieux, cœur à cœur, main dans la main. 

Puis la tristesse laisse place au doute… Ce changement si brusque, cet éloignement affectif de plus en plus prononcé,  David lui serait-il infidèle ? Passent les jours mais le soupçon qui la taraude ne la quitte pas. Elsa veut en avoir le cœur net. Elle décide un soir d’aller accueillir son mari à la sortie de son bureau. Chemin faisant, son regard s’arrête soudain sur un couple assis au bar de l’Europe. David en charmante compagnie. Regards complices et tendres qui en disent long. Conversation animée. La main de David se pose doucement sur le genou de la jeune femme qui se penche et l’embrasse furtivement. Elsa est pétrifiée, détruite, la terre s’enfonce sous ses pieds, c’est un gouffre sans fond , béant, qui va l'engloutir. Dans un ultime sursaut d’énergie et de désespoir, elle entre en trombe dans le bar, se dirige vers le couple, attrape au passage sur une table  une carafe et assène un coup violent à David. Il se retourne vers elle avant de s’écrouler sous le regard stupéfait de sa compagne… Ce n’est pas David.