Les lundis de Lakevio

lakevio

 Jean Béraud - At the telegraph

Le télégramme, oh misère, c’est quoi ça ? Un téléphone qui pèse un gramme, diraient mes petits-enfants. On nous sort quotidiennement tellement de nouveautés que notre smartphone dernier cri est déjà dépassé. C’est comme le temps qui s’est déjà enfui à mesure que tu l’évoques.

Bref.

Ma chère Lakevio, ce temps, ce foutu temps je l’adore et le prends à bras le corps pour faire tant et tant de choses dans ma journée, dans ma semaine, dans ma vie...hé bien il ne m’a pas donné le temps de faire ton devoir. Je ne voudrais pas t’imposer mon emploi du temps, c’est juste qu’en ce moment je me fais présente auprès d’une de mes copines dans la galère. Et puis je prends aussi du temps pour moi, pour me chouchouter, j'évoque notamment ma randonnée et ma piscine hebdos. Cette semaine, un spectacle des Chevaliers du Fiel à Chambéry, le concert d’une chorale, l’assemblée générale du club d’astronomie, aujourd’hui un repas au profit d’une association humanitaire. Ma vie courante et intéressante. Toute l’importance de se sentir en vie, en forme, pas déprimée, vivante et riante. Rire est vital, rire de soi, rire de situations causasses, rire un peu des autres aussi parfois… mais pas devant eux, hein ! Hier soir en revenant de la chorale, il était presque minuit, nous étions quatre dans la voiture, on a piqué un mega fou-rire. Notre conductrice avait une bonne co-pilote qui nous a fait prendre des petites routes du bout du monde, soi-disant un raccourci… un peu perdu dans la montagne. Le clair de lune ne nous montrait pas le chemin mais des prés enneigés, puis plus loin des ravins, un peu de verglas par ci, des nappes de brouillard par là. Et ça nous faisait rire, on a même rêvé qu’un sanglier ou un chevreuil surgisse devant nos phares. Mais pas trop près toutefois car la voiture qui nous charriait est neuve… alors la conductrice riait… enfin… mi-figue mi-raisin. Et nous sans raison.

Bon… et si je revenais au télégramme.

Faut dire aussi maîtresse Lakevio que cette jolie fille d’un autre temps ne m’inspire pas. Ou plutôt il aurait fallu que je planche sérieusement pour trouver une belle histoire… car je n’aime pas les vilaines histoires.

Me revient cependant une anecdote qui nous a longtemps fait rire, mon mari et  moi. J’avais un tonton très distrait, un professeur Tournesol. Un vrai. Il créait, inventait et testait un tas de trucs… qui marchaient ou pas. Mais il était d’une distraction sans pareil. Il habitait en Auvergne, à Condat-en-Combraille exactement, et comme je venais de me marier, il décida un beau jour de venir faire la connaissance de mon mari. Un télégramme nous annonça sa venue :

Chers neveux espère que vous allez bien – stop – vais vous rendre visite – stop – venir me chercher à la gare jeudi à 18h40 – Stop – Vous embrasse – Stop  Tonton Marcel - Stop.

On était mercredi, chouette c’est demain. Et le jeudi à 18h40 pas de tonton Marcel. On se renseigne pour les autres trains arrivant de Lyon. Et pas de tonton. Et ainsi de suite tous les autres jours. Et toujours pas de tonton. Jusqu’au jeudi suivant où ce cher tonton descendit du train, tout joyeux et insouciant.

Si je recherche bien dans ma « boîte à trésors », je crois que j’ai encore ce télégramme.

Incroyable mais vrai, à cette époque (1975) on n’avait pas le téléphone et encore moins de portable !