Les lundis de Lakevio

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Marc Chalme

Sophie descend l’escalier, avec précaution pour ne faire aucun bruit. Elle a préparé une lettre qu’elle déposera sur le guéridon de l’entrée. Elle s’arrête soudain, les souvenirs surgissent, affluent, ne lui laissent pas un instant de répit.  Là, sur ces marches qu’elle a tant astiquées, devant cette rampe qu’elle s’est épuisée à faire briller, elle pense à la vie qu’elle s’apprête à quitter. Madame n’a aucune bienveillance, encore moins de reconnaissance. Le travail n’est jamais assez bien fait, ni assez rapidement. Monsieur est constamment enfermé dans son bureau, bah comment pourrait-il en être autrement, affublé qu’il est d’une telle mégère ! Seul le fils de madame semble humain dans cette maison. Toujours un petit mot gentil, quand madame n’est pas là bien sûr ! Sinon c'est un joli sourire encourageant, un regard chargé de tendresse… Cela dura plusieurs mois. Et par une belle et chaude soirée d’été, ils se retrouvèrent au fond du parc, sous le ciel étoilé porteur de mille promesses. Ils s’avouèrent leur amour, silencieux depuis trop longtemps et décidèrent de quitter cette maison prison. Sophie revient à la réalité, chasse les mauvais souvenirs, sourit à la vie qui l’attend et se hâte vers le hall d’entrée. Elle dépose sa lettre, enfile ses chaussures avant de s’élancer au-dehors où l’attend son amour. La voiture démarre puissamment, madame hurle à sa fenêtre, qu’importe, nos amoureux ne l’entendent pas, ils sont heureux et libres !