Charles W. Hawthorne - Trois femmes de Provincetown, proposé par Lakevio

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La belle Léonie, pour fêter ses dix-huit ans a supplié sa mère de lui permettre d'aller au bal de la classe. Demande quasiment vouée à l’échec en ces années d’après-guerre de laisser une fille sortir toute seule. Qui plus est, Léonie a une maman très sévère, surtout depuis que le papa est mort au champ de bataille. Sévère et tellement stricte ! Les sorties se limitent à une balade pédestre le dimanche après-midi, faisant suite à la messe du matin. Ouille, se dit Léonie, si ça continue je vais finir vieille fille, coûte que coûte je veux aller à ce bal. Toutes ses amies y vont, vêtues pour l’occasion de robe et chaussures neuves. Il faut parlementer, argumenter, supplier. La maman résiste, hésite puis finit par acquiescer mais à une condition, celle d’accompagner la jeune fille. C’est ainsi que notre jolie Léonie se retrouve encadrée par sa mère, sa grand-mère et sa tante. Eh bien, se dit-elle, avec ces trois regards perçants, si je me fais kidnapper… !

La fête bat son plein sous le parquet qui occupe toute la place de l’église. L’orchestre joue sans arrêt, passant de la valse à la polka, du tango à la mazurka. Filles et garçons sont joyeux et rieurs, les yeux brillent et les éclats de rire domineraient presque le son tantôt plaintif tantôt endiablé de l’accordéon.

Léonie, joliment vêtue d’une longue jupe marine et blanche et d’un chemisier blanc à col Claudine, s’amuse follement. Souple et légère, elle danse divinement. Sa jupe virevolte, laissant apparaître son blanc jupon.

Elle n’a pas un regard du côté de sa mère et n’entend pas les dialogues des trois femmes.

-      Hé Marguerite, regarde la Julie comment qu’elle est attifée, on dirait une moins que rien, ah si son pauvre père la voyait…

-      Oh ben oui alors, renchérit Simone, elle a même mis du noir sur ses yeux, Jésus Marie Joseph, mais où don’ qu’on va !

-      Et la Marinette qui fait du plat au trompettiste, sous les yeux de son mari, quelle dévergondée ! faut dire que le pauvre vieux, depuis son retour de la guerre et avec sa jambe de bois, doit pu être trop vif !

-      Ah mais regardez voir là, intervient Thérèse, c’est t’y pas l’Jeannot qu’est en train de chercher la bagarre !

-      Ben pardi, l’a encore trop bu et y’a sûrement une histoire de fille là d’sous !

-      Tiens et voilà la Jeanine qui va s’en mêler, alors celle-là aussi on dirait une fille de la rue, perchée sur ses talons aiguille.

 -      Ça va s’gâter sous peu, où qu’elle est not’ Léonie ?

 -      Va savoir… ah si, elle est là-bas au fond du bal, le Pierrot est en train de lui causer tout près d’sa bouche ! Oh mais c’est qu’il est en train d’la bicher !

 -      Marguerite, va la chercher ta fille, on s’en va illico ! c’est dieu pas possible c’te jeunesse, les filles c’est toutes des traînées, les gars c’est des soulots et des saligauds !

Léonie est bien obligée de suivre ses gardiennes. Mais elle a le sourire aux lèvres, demain après-midi Pierrot viendra chez elle et demandera la main de la jeune fille. Et si c’est non, eh bien il la kidnappera !

Bon ok, mon histoire est un peu cul-cul… la praline quoi ! En tout cas je me suis amusée et en ce moment j’en ai grand besoin. Et puis je vous assure, un peu d’exagération mise à part, ça se passait comme ça dans les bals il y a… quelques années. En ce qui me concerne, pour mon bal des dix-huit ans, j’ai fait le mur… avec l’autorisation maternelle. Je voyais bien les mères faire tapisserie et garder l’œil sur leurs filles !