Pour le jeu hebdomadaire de Lakevio

lakevio

Détail du tableau Eurypyle de John William Godward

Bonjour ma chère Elisabeth, ah si vous saviez ce qu’il m’arrive ! Mais non, vous ne pouvez pas savoir, c’est tout récent et n’ai pas encore trouvé le temps de vous l’écrire. Le temps, le temps ! Je manque tout le temps de temps ! Bon, alors là, je me suis levée à l’aube, et je prends un petit temps, temps tant que mon petit-fils dort et ne squatte pas mon clavier. Dehors il s’est mis à neiger, les flocons voltigent avec légèreté dans le lampadaire, j’aime contempler l’hiver qui se déclare. Mais allons, j’arrête de rêver je vais encore me laisser envahir par le temps ! Bien… que disais-je ? Ah oui, il m’est arrivé une petite aventure, oh toute petite, rassurez-vous chère amie ! Et soyez tranquille aussi, je vais vous raconter ça en quelques lignes, vous savez bien… je manque de temps !  Figurez-vous que la semaine dernière, je suis allée au théâtre. Toute seule, personne n’a voulu ou pu m’accompagner, ce n’est pas grave, je suis grande, non ? La pièce était charmante, les acteurs époustouflants. Et puis vous savez bien, je suis bon public, si c’est drôle je ris, si c’est triste je pleure. Là c’était tendre et rigolo en même temps. Alors je riais et pleurais simultanément. Bien sûr, vous imaginez que je sais être discrète, ce n’était donc pas un rire à gorge déployée ni les grandes eaux de Versailles, mais un comportement suffisant pour attirer les regards… enfin, un regard. Me sentant observée, je tourne la tête vers la gauche et je vois un monsieur qui me regarde avec intensité. Peureuse comme vous me connaissez, j’ai cru qu’il lorgnait mon collier. Ce beau bijou me rend  complètement parano, j’y tiens énormément, c’est celui que ma tante Berthe a eu pour ses vingt ans, elle en a maintenant quatre-vingt-dix ! J’essaie alors de me faire oublier tout en regardant mon voisin du coin de l’œil. Ah mais c’est qu’il n’est pas moche du tout le voisin, héhé je me sens un peu moins sauvage. L’habit ferait-il le moine ? Peu importe, ce n’est pas le moment de se torturer le ciboulot avec ce genre de question. Il doit avoir à peu près mon âge, j’aime bien le genre, un peu de Pierre Arditi dans le regard coquin et brillant. Oui ma chère, j’aime bien Pierre Arditi, même si ma copine Patoune dit qu’il joue parfois comme une patate. Je me suis finalement ressaisie et ai reporté toute mon attention sur la pièce. A la fin, tonnerre d’applaudissements, je sens soudain un frôlement sur mes genoux. Une petite carte de visite y est déposée. J’entends murmurer «Si vous le souhaitez, appelez-moi ». Je ne sais que décider, peut-être aurez-vous un conseil à me donner ? Rien ne presse, je sais que vous êtes très occupée, laine, colle et ciseaux, pâtisserie et confiserie occupent vos journées, c’est que vous en avez du monde à gâter ! Pour moi également, s’annonce une semaine folle folle folle ! Alors le sosie d’Arditi je l’oublie… pour le moment ! Et puis alors, le devoir de Lakevio ! Misère je culpabilise, je n’ai pas une minute à y consacrer. Bon, je vous quitte pour ce jour, je vais voir s’il neige toujours, c’est beau de voir tomber la neige, j’y passerais ma journée ! Mais non, j’ai à faire ! Je vous embrasse bien affectueusement et vous souhaite un très joyeux Noël, entourée de vos précieux.